Pourquoi cacher des messages dans ses romans ?

Temps de lecture estimé : 5 minutes

/!\ ATTENTION, CERTAINS PASSAGES DE CETTE RÉFLEXION SPOILENT DES ÉLÉMENTS DES ENFANTS DE LA TERRE – LES CHRONIQUES D’OLENDRA. /!\

Dans Les Enfants de la Terre, j’évoque les plantes… à longueur de temps. Parfois alliées, parfois ennemies, parfois outils, elles servent à mettre en évidence le rapport des protagonistes avec leur environnement, et surtout vis-à-vis de la tradition.

Soyons honnêtes. En écrivant Les Enfants de la Terre, je n’ai pas tout de suite songé à utiliser les plantes dans ce but. Le titre de travail de ce livre était tout simplement « Magic », en référence à la chanson éponyme de Coldplay, à la fois mélancolique et onirique. Je savais dès les premières pages que je voulais apporter une touche de mythe à mon roman, des éléments à première vue inexplicables. Ce n’est qu’aux phases de relectures que je me suis aperçu de cette corrélation entre végétation (et dans Les Enfants de la Terre, elle est animée d’une volonté propre, ayant besoin de s’allier aux humains pour parvenir à ses fins) et tradition. J’ai donc décidé d’orienter les corrections dans ce sens, pour renforcer le lien, le message caché du roman.

Première question que vous seriez en droit de me poser :
pourquoi ne pas dire franchement les choses ?

Déjà parce que, et c’est tout à fait personnel, j’aime le sous-texte. J’aime cette sensation de devoir interpréter les événements, relier les indices disséminés dans les œuvres de fiction que je lis, que je regarde, auxquelles de joue.

C’est aussi une façon plus subtile de faire, moins directive, que de simplement dire : regarde, eux ils s’attachent coûte que coûte à leurs traditions et il leur arrive ça, alors que les autres, eh bah, ils les remettent en question, et ça leur donne ça.

Certes, il s’agit de disséminer des pistes dès le début pour indiquer doucement au lecteur qu’il y a un sous-texte, sans lui mettre de force le nez dessus (ce que je trouve très désagréable), et se débrouiller aussi pour que même sans ça l’histoire reste intéressante, car je sais que nombre de lecteurs ne chercheront pas midi à quatorze heures. C’est une difficulté supplémentaire, qui, de plus, ne paie pas à tous les coups.

Eh bien, parce que pour moi c’est l’essence même de la création. C’est peut-être moi qui suis à côté de la plaque. Peut-être. Mais quand je lis Simetierre de Stephen King et que j’y trouve 600 pages de dissertation sur le deuil et la conception humaine de la mort, ou quand je découvre dans la Roche des Âges, de Christopher Evrard, un questionnement profond sur l’humanité, son droit ou non de prospérer, à quel prix et jusqu’à quel point, je me dis que le sous-texte est l’un des pivots de la fiction. C’est grâce à ça qu’on peut transmettre les messages les plus substantiels. Faire réfléchir le lecteur. Remettre en question des concepts préétablis.

Et à titre personnel, je ne vois pas bien l’intérêt d’énumérer une suite d’action sans qu’elles ne mènent à un propos global. C’est ce propos qui est, pour moi, le cœur du livre. Il peut concerner une vision sur le monde ou l’humanité, ou être plus réduit, montrer que les loutres sont essentielles à l’écosystème d’une région, ou que le développement personnel est génial – ou pourri. Peu importe, tant qu’il y a quelque chose à en tirer !

Et le plus beau dans tout ça ? On n’a même pas à être d’accord avec ce propos. S’il est là et qu’il provoque un questionnement, c’est déjà gagné.

Oui, d’accord. J’arrête de me perdre en réflexions philosophiques et j’en reviens à ma clique de protagonistes.

Je voulais avant tout parler de racisme. Très vite, je me suis rendu compte qu’il s’agissait entre autres d’un souci de tradition et de culture.

Des gens qui n’ont jamais vu des personnes d’une autre ethnie vont généralement être apeurés voire agressifs à leur contact – tout dépend des rapports qu’ils entretiennent (ou non) avec d’autres ethnies. Certains peuples en oppriment d’autres, oubliant que ce sont les événements passés qui leur octroient ce “privilège” et finissent par croire qu’ils leur sont intrinsèquement supérieurs (ce que peut gober aussi le peuple opprimé). Il y a plein de relations différentes entre populations, mais ça n’est pas le sujet ici. Je désirais juste que vous voyiez où je voulais en venir.

Mon intention première était de discuter du racisme. D’où il provient (d’où l’exposé précédent), comment il est vécu de chaque côté, comment des gens peuvent évoluer, en bien ou en mal, selon leur histoire et leurs objectifs. Mais aussi du lien d’un individu avec son passé en général, et la façon dont ça peut le pousser à agir. Et s’il y a des scènes dans Les Enfants de la Terre qui mettent ça en évidence, cette métaphore de la tradition par le lien de mes protagonistes à la végétation me permet d’appuyer la relation de chacun vis-à-vis de ce concept :


– Keli (mon personnage principal, tout à coup libre après une vie de servitude) se laisse d’abord protéger par les plantes. Il laisse même tuer, parce qu’il est traumatisé, que ça semble plus simple d’éliminer ce qui le met mal à l’aise : la différence. C’est sa conscience qui le pousse à intervenir, à se rebeller contre la nature et l’homme qui le prend sous son aile.

– Les pirates ? Eh bien, pas une seule fois ils ne feront alliance avec les étranges plantes de la Ville qui ne Dort Jamais.

– Kosma, de la Poigne d’Arias ? (Pour ceux qui ne comptent pas lire mon roman, ou pas tout de suite, il s’agit dans les grandes lignes d’un individu qui trompe ses soldats en leur faisant miroiter mille richesses, afin de provoquer un génocide.) Il fusionne avec les végétaux pour gagner en pouvoir.

– Et Lolohen… Ah ! Lolohen. Elle se sert des plantes, d’abord pour faire vivre son peuple, puis pour le protéger, envoyant sa conscience dans les racines pour surveiller les alentours. Sauf que peu à peu, la flore investit son corps. Ça n’est pas pour rien qu’elle décède à la fin (on dirait un mauvais spoil), après avoir fait le choix de renier ses envies, sa volonté individuelle et de ne pas inciter son peuple à prendre sa liberté. Elle a choisi sa mort végétale, parce qu’elle savait que c’était ce qui l’attendait, et que c’était “son rôle”. Vous commencez à saisir là où j’essaye d’en venir avec mon roman ?


Je ne désire pas critiquer la décision de suivre coûte que coûte la tradition. Je voulais juste montrer différentes manières d’interagir avec, et les retombées que ça pouvait avoir. Encore une fois, je n’avais pas cette métaphore en tête pendant l’écriture du premier jet. C’est à ça que servent les mois de repos entre rédaction et correction : à dégager ce genre de thèmes, déblayer les ressources déjà présentes dans votre manuscrit pour les faire briller et gagner en profondeur. Et dans le cas de mon roman, ça m’a permis de connecter un élément physique à un concept intangible pour rendre plus palpable la réflexion que je voulais présenter.

C’est pour ça que j’aime autant les corrections.
C’est pour ça que j’aime autant la fiction.


Et même si beaucoup de mes lecteurs actuels ne cherchent pas les messages cachés de mes livres et trouvent néanmoins leur bonheur dans le développement de mes personnages et de mes univers, je suis ravi quand certains d’entre eux m’envoient un message pour discuter des problématiques que je soulève. À ces moments-là je suis vraiment heureux d’être écrivain, car je sais que j’ai réussi à transmettre quelque chose.

Et vous ? Dissimulez-vous des réflexions dans vos romans ? Aimez-vous débusquer des messages cachés dans les œuvres de fictions ? Quelles sont vos préférées ? ♥

Vous avez envie de découvrir
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